Superbe interview du juge Renaud Van Ruymbeke par Thinkerview

Renaud van Ruymbeke, né le 19 août 1952 à Neuilly-sur-Seine, est un magistrat français. Juge d’instruction, il a notamment conduit les enquêtes politico-financières dans l’affaire Urba, l’affaire des frégates de Taïwan et l’affaire Clearstream.


Boulin, Urba, Elf, les frégates de Taïwan, Clearstream, Kerviel, Cahuzac, Karachi, Balkany… Le juge Van Ruymbeke a instruit pendant plus de quarante ans les grandes affaires financières qui ont secoué notre République.


Tenace et libre, il est la figure emblématique de la lutte anticorruption. Dans ces mémoires vibrantes, animé par sa si chère indépendance, il raconte la manière dont il s’est attaqué aux sphères du pouvoir et au financement illégal des partis politiques. Engagé dans la lutte contre les paradis fiscaux, Renaud Van Ruymbeke fait des propositions pour traquer l’argent sale et réformer durablement la justice française. Voici le parcours d’un homme déterminé à se battre pour une justice égale pour tous.

À travers ce livre, Renaud Van Ruymbeke souhaite faire passer un message à la jeunesse, lui qui a connu une libération progressive du pouvoir judiciaire. “J’ai vécu des évolutions, mais je leur fais confiance pour changer profondément le système.” Pour lui, la priorité aujourd’hui, c’est la lutte contre la fraude fiscale.

“C’est un scandale, il n’y a jamais eu autant d’argent sale dans les paradis fiscaux ! Et on n’a jamais eu autant de déficit avec le Covid. Je dis aux États : allez chercher l’argent, il est à vos portes.”

Ce livre, il “l’assume complètement”, même si raconter son parcours “n’est pas dans sa culture”.

“J’ai été le témoin, l’acteur d’une époque où la justice a été modifiée en profondeur. On est parti d’une justice soumise à une justice beaucoup plus libérée, même si tout n’est pas acquis. Quand on est porté par des idéaux, des idées de justice, de doute, d’équité, d’indépendance, elles finissent toujours par l’emporter.”

“À l’époque ça ne faisait pas, on n’enquêtait pas sur un ministre”

Il raconte notamment l’affaire Boulin, qui s’était conclue avec le suicide du ministre. Comment a-t-il régi à l’époque ? “L’effondrement : est-ce que j’ai bien fait, est-ce que je ne suis pas allé trop loin ? J’avais enquêté sur les comptes du ministre : si c’est pour arriver à ce résultat… Moi je suis pour l’égalité, je défends mes idées, à l’époque ça ne faisait pas, on n’enquêtait pas sur un ministre. Cette nouvelle, pour moi, était une catastrophe, mais le soir même il y a eu une réunion des magistrats du tribunal, sans que je le sache, et ils ont fait un communiqué pour dire que j’avais fait mon travail. Ça m’a conforté, voire vacciné pour toutes les étapes difficiles que j’ai rencontrées pendant ma carrière.”

Une ténacité qui lui rendra aussi service dans l’affaire Urba, qui avait embourbé le PS de l’époque.

“C’est un tournant parce que la justice l’a emporté sur les protections du pouvoir. À l’époque, le pouvoir se considérait au-dessus des lois. J’ai perquisitionné le Parti socialiste, c’était la première fois qu’on perquisitionnait un parti, qu’est-ce que je me suis pris ce jour-là. Je convoque Henri Emmanuelli pour une mise en examen : c’est un scandale, j’ai tout un congrès contre moi ! Le président de la République se permet de jeter le discrédit… Vous imaginez aujourd’hui Emmanuel Macron prendre une position comme celle-là sur une instruction en cours ?”

“Le problème, c’est que les affaires arrivent de plus en plus tard devant le tribunal”
Pour lui, oui, il y a bien eu une évolution par rapport à cette époque où “les parquets étouffaient plein d’affaires”. “Moi-même j’ai vécu ça, à cette époque je n’avais systématiquement pas le feu vert du procureur donc il y a eu des affaires où les personnes n’ont pas été poursuivies. Aujourd’hui, les choses ont changé. C’est une évolution qui a commencé avec l’affaire Elf, et qui a été achevée du temps de Mme Taubira : j’ai pas le souvenir d’avoir entendu parler de la moindre intervention de sa part. La presse a joué son rôle, aussi.”

Les juges d’instruction sont-ils aussi, comme on les accuse souvent, les sources d’information des journalistes sur les affaires en cours?

“Non, ce sont les juges d’instruction qui observent la presse. Ils ont un dossier, la copie du dossier les avocats y ont accès, le parquet y a accès, tout ça circule et le juge d’instruction ne maîtrise pas l’information. Quand je voyais que ça sortait seulement deux ou trois mois après, j’étais soulagé ! J’ai vu fonctionner d’autres justices où il n’y a pas de secret au-delà de l’enquête. Le problème aujourd’hui, c’est que les affaires arrivent de plus en plus tard devant le tribunal, après une période où vous n’accepteriez pas vous-même qu’on ne parle pas de telle affaire au prétexte qu’il y a une enquête ou une instruction !”


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