Ces orpailleurs clandestins envahissent les terres indigènes.

Au nord du Brésil, dans l’État du Roraima, une ruée vers l’or se fait avec la bénédiction du président Jair Bolsonaro. Les reporters Fanny Lothaire et Laura Damase ont enquêté sur ces activités illégales et ont rencontré les Indiens Yanomami qui se battent pour défendre leurs terres ancestrales.

Des mineurs d’or lourdement armés persécutent par de violentes attaques le peuple Yanomami

La Relève et la Peste

Depuis la recrudescence de la présence de mineurs en 2012, les Yanomami n’ont de cesse d’interpeller le gouvernement brésilien afin qu’il prenne des mesures adéquates et chassent les mineurs d’or du territoire, sans être écoutés. Il y aurait désormais 20 000 orpailleurs illégaux sur dans cette partie de l’Amazonie, contre 27 000 Yanomami sans armes.

Depuis le 10 mai, le peuple Yanomami vit dans la peur des raids menés par les orpailleurs. Lourdement armés avec des mitraillettes, ils ont lancé une série d’attaques contre la communauté Yanomami de Palimiú, dans le nord de l’Amazonie, au cours d’une desquelles deux enfants ont trouvé la mort alors qu’ils tentaient de s’enfuir dans la forêt. Les Yanomami sont déjà épuisés par une crise sanitaire aigue: paludisme, malaria et covid-19 frappent leur peuple, notamment à cause de la présence des mineurs qui apportent ces maladies. Face à la gravité de la situation, les Yanomami appellent à l’aide la communauté internationale afin de faire pression sur le président brésilien Jair Bolsonaro qui s’apprête à passer un décret visant à ouvrir les terres des peuples non contactés à une exploitation meurtrière, qui pourrait conduire plusieurs communautés autochtones à l’extinction et détruire environ 1 million d’hectares de forêt tropicale.

Un retour en arrière

Les Yanomami revivent actuellement les heures les plus sombres de leur histoire. Des orpailleurs lourdement armés ont lancé une série d’attaques contre la communauté Yanomami de Palimiú, dans le nord de l’Amazonie. Le 10 mai, des mineurs sont arrivés en bateaux par le fleuve et ont ouvert le feu pendant trente minutes sur les Yanomami qui se reposaient sur les berges.

Dans le chaos de l’attaque, de nombreux enfants yanomami se sont enfuis dans la forêt pour se cacher. Certains n’ont pas retrouvé leur chemin tout de suite. Au bout de deux jours, les corps de deux enfants, âgés d’un et cinq ans, ont été découverts flottant dans la rivière Uraricoera où ils se seraient noyés, provoquant une vive émotion et une colère profonde dans toute la communauté.

Le 16 mai, l’association yanomami Hutukara a rapporté que, de nouveau, 15 bateaux remplis de mineurs ont ouvert le feu sur la communauté et lancé des grenades lacrymogènes. Les Yanomami témoignent avoir souffert de brûlures aux yeux et s’être étouffés avec le gaz.

Les attaques des mineurs auraient été menées en représailles face au refus des Yanomami de les laisser récupérer le carburant, les quads et les équipements qu’ils avaient laissés sur place pour alimenter leur mine illégale en amont.

En 1992, face aux atrocités commises par les orpailleurs et leurs immenses mines d’or illégales, le gouvernement brésilien avait fini par reconnaître le droit à leurs terres aux communautés autochtones et s’était décidé à chasser les mineurs d’or de la région. Mais depuis 2012, ils sont revenus en force et sont maintenant armés.

« La différence avec les années 1990, c’est que nous avons maintenant un nouveau groupe de mineurs, qui sont eux lourdement armés. Nous ne savons pas d’où ils viennent précisément. On suppose qu’il s’agit de guérilleros venant du Venezuela et de gangs criminels du Brésil, mais nous manquons encore d’informations. La situation sur place est gravissime : ils frappent sans prévenir et ont déjà fait de trop nombreuses victimes. » explique Fiona Watson, chercheuse et directrice des campagnes de Survival International.

Eloy Terena, avocat de l’ONG Apib a commenté :

« L’APIB vient de demander instamment à la Cour suprême fédéral du Brésil de prendre des mesures. La situation à l’intérieur des terres yanomami est grave et tendue. Les autochtones sont sous la menace permanente des mineurs illégaux. Cette réalité est le signe avant-coureur d’un génocide, comme cela s’est produit à Haximu en 1993. L’appel au secours des Yanomami doit être entendu. »

En 1993, 22 chercheurs d’or brésiliens avaient ainsi massacré la communauté yanomami de Haximu en Amazonie vénézuélienne. Dans cette violente attaque, les orpailleurs avaient abattu des femmes, des enfants et des personnes âgées et démembré un bébé à la machette.

Depuis la recrudescence de la présence de mineurs en 2012, les Yanomami n’ont de cesse d’interpeller le gouvernement brésilien afin qu’il prenne des mesures adéquates et chassent les mineurs d’or du territoire, sans être écoutés. Il y aurait désormais 20 000 orpailleurs illégaux sur dans cette partie de l’Amazonie, contre 27 000 Yanomami sans armes.

Une crise sanitaire explosive

Ces attaques armées viennent affaiblir encore plus les Yanomami qui souffrent d’une épidémie de paludisme (20 000 cas de paludisme ont été enregistrés en 2020 parmi tous les peuples autochtones du Brésil), malaria et covid-19.

Comble de l’histoire, ces maladies sont principalement amenées par les chercheurs d’or dans la Région. Les Yanomami, normalement isolés, n’ont pas le système immunitaire préparé pour y faire face et les maladies font des ravages au sein de leur communauté.

Cette situation tragique est illustrée par une photo, prise le 17 avril, d’une fillette Yanomami souffrant de malaria, de pneumonie et de déshydratation. Postée par le missionnaire Carlo Zacquini, cette image avait pour but d’alerter les pays du monde entier sur l’état de santé déplorable dans lequel se trouve cette communauté autochtone.

« C’est un véritable retour en arrière auquel nous assistons. En 1999, l’ONG brésilienne Urihi avait mis un place un programme de santé avec beaucoup de succès puisque ce répit avait permis à la communauté autochtone de s’aggrandir. Du personnel médical indépendant avait été recruté pour travailler aux côtés des guérisseurs traditionnels yanomami. Ce programme – soutenu par Survival et CCPY – a réduit de moitié le nombre de décès. Il a pris fin en 2004, lorsque le gouvernement brésilien l’a annulé par décret. Les dépenses ont été doublées mais la maladie a explosé. » détaille Fiona Watson, chercheuse et directrice des campagnes de Survival International.

De plus, la pollution au mercure causée par l’orpaillage illégal a contaminé tous les écosystèmes environnants, au point que les Yanomami ont désormais trois fois les quantités de mercure recommandées par l’OMS dans leurs corps…

Dans une lettre adressée à la police, les leaders de la communauté ont ainsi dénoncé les terribles impacts des activités minières : « Les orpailleurs sont ici depuis 2012 et, à ce jour, 578 yanomami sont morts d’empoisonnement, et pourtant pas une seule mesure n’a été prise pour y mettre fin. Ils détruisent nos rivières, polluent l’eau, les poissons et tous les animaux. Nous avons de graves problèmes de santé. Nous ne pouvons plus nous baigner dans la rivière et les adultes comme les enfants perdent leurs cheveux à cause des produits chimiques toxiques qu’ils déversent dans la rivière. »

En 2020, les Yanomami et les Ye’kwana avaient ainsi alerté sur leur situation critique via la campagne internationale #ForaGarimpoForaCovid, sans succès. Non seulement les mineurs d’or n’ont pas été inquiétés par le gouvernement brésilien, mais ont même été soutenus par le président Jair Bolsonaro lors de déclarations publiques où il minimise leur impact dans la Région.

Une politique brésilienne écocidaire

Jair Bolsonaro est notoirement connu pour être un président fasciste qui méprise les droits les plus élémentaires des peuples autochtones, dont la politique néolibérale prévoit d’exploiter jusqu’à la moindre petite parcelle la forêt amazonienne au profit de l’agro-industrie et des mineurs d’or, quitte à cautionner la déforestation qui s’est aggravée.

« Le gouvernement brésilien soutient tacitement l’invasion des mineurs d’or car leur activité est en adéquation avec l’agenda politique du moment. Une majorité de politiciens brésiliens, locaux ou nationaux, est lié à l’industrie minière, à la déforestation et l’agro-industrie. Il ne faut pas que le grand public s’y trompe. Il ne s’agit pas juste de mercenaires isolés à la recherche d’argent. Il n’y a aucune mine légale là-bas, aucune. Tout l’or qui en sort provient donc d’activités illégales, qui sont financées par certains dirigeants corrompus afin de leur fournir les équipements et les armes dont ils ont besoin pour faire régner la terreur. » analyse Fiona Watson, chercheuse et directrice des campagnes de Survival International.

Certains politiciens restent malgré tout motivés par le bien commun. Joenia Wapichana, la première députée autochtone du Brésil, a ainsi créé une coalition de parlementaires pour essayer de faire plier le gouvernement, mais le rapport de forces est inégal.

« A tel point que le gouvernement brésilien envisage d’ouvrir les terres des peuples non contactés à une exploitation meurtrière, en supprimant les ordonnances délivrées dans l’urgence qui protègent actuellement leurs territoires. Selon des experts, ce plan pourrait conduire plusieurs peuples non contactés à l’extinction et détruire environ 1 million d’hectares de forêt tropicale – une superficie équivalente à celle de l’Île-de-France. » rapporte Survival International

Les pays occidentaux ont une immense part de responsabilité dans les drames qui se jouent en Amazonie brésilienne. La déforestation l’est principalement pour la culture de soja, entres autres destinée à nourrir le bétail européen, mais aussi la production de viande bovine. Le traité de libre-échange Mercosur risque d’aggraver la situation sur place, en ignorant totalement la place et les droits des peuples autochtones.

« Les pays achètent tous du soja et de la viande brésilienne, et nous devons absolument arrêter de le faire. Non seulement nous devons appuyer les campagnes des peuples autochtones contre les politiques génocidaires du gouvernement, mais aussi leur redonner la juste place qui est la leur. Les peuples autochtones sont les meilleurs gardiens de la Nature, ils connaissent leur territoire mieux que personne et co-existent avec la biodiversité présente depuis des années. Nous avons tout à apprendre d’eux. Il est primordial que les citoyens du monde entier face pression sur leur gouvernement afin de mettre un terme aux atrocités commises en Amazonie. » plaide Fiona Watson, chercheuse et directrice des campagnes de Survival International.

La pétition “MinersOutCovidOut” (OrpailleursDehorsCovidDehors) et l’interpellation des élus brésiliens portée par Survival International exige ainsi l’expulsion immédiate de 20.000 mineurs illégalement présents sur le territoire autochtone yanomami.


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