Quel personnage historique a servi de modèle pour le comte Dracula ?

Nous allons trouver la réponse en Roumanie et plus précisément dans les principautés de Valachie et de Transylvanie au 15e siècle.

« Rentre ! C’est le moment où la lune réveille le vampire blafard sur sa couche vermeille. » Théophile Gautier

L’universalité du mythe du vampire n’est plus à démontrer. Les buveurs de sang ont existé dans toutes les civilisations et dans toutes les cultures : en Egypte, en Chine, au Japon, à Rome, en Grèce. Les récits de vampirisme existent depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours.

Le mythe du démon assoiffé de sang a constitué une source inépuisable d’inspiration tant dans la littérature fantastique que dans les films hollywoodiens. Le magnifique « Dracula » de Francis Ford Coppola, ou « Entretien avec un Vampire », « Blade » et « Van Helsing ». Les victimes séduites et envoûtées par le comte Dracula, se comptent par centaines. Depuis l’apparition du cinéma muet, ce Prince des Ténèbres a exercé ses canines acérées et redoutables sur de nombreux cous graciles de femmes principalement.

Pourquoi cette étrange fascination? C’est toute une série de concepts liés au monde du surnaturel, de l’occulte, au mythe du sang et à celui de l’immortalité qui y sont exposés. Que ce cache-t-il derrière ces clichés illustrées dans des centaines de livres et de films devenus pour la plupart des grands classiques de l’horreur et de l’épouvante. Lorsque nous abordons le folklore, les légendes et les contes fantastiques traditionnels, nous constatons que le thème de la mort y est omniprésent. Elle est souvent vaincue par des héros mettant en œuvre des méthodes mystérieuses ou magiques.

Avec le mythe du vampire, nous abordons une autre conception de l’immortalité.

Si le phénomène vampirique, malgré certaines assises historiques, puise ses sources au plus profond de l’imaginaire populaire, il trouve aussi sa justification dans la nature même de l’être humain sur lequel le mal et ses noirceurs exercent une puissante fascination depuis la nuit des temps. L’homme est par nature ambivalent, poussé au bien mais séduit par le mal, il éprouve des difficultés à dominer ses instincts et ses pulsions inconscientes. La mort qu’il associe souvent au monde des ténèbres, reste le plus grand mystère de sa vie.

L’histoire du Prince Vlad Tepes ou Vlad Dracul l’Empaleur

Le Prince Vlad Tepes ou Vlad III Basarab, surnommé « l’Empaleur » (1431-1476) est né à Targoviste en Valachie (Roumanie). Son surnom de Vlad III Draculea (signifiant « fils du dragon » en roumain médiéval), fut repris par Bram Stocker pour nommer le personnage littéraire du comte vampire Dracula.

Vlad est un boyard et prince de Basarab, qui désigna initialement la Valachie avant de désigner une partie de la Moldavie. Le premier représentant connu de cette dynastie est Basarab Ier qui délivra le pays de la vassalité hongroise. Issu de la dynastie princière valaque des Basarab, Vlad Tepes a pu voir le jour à Targoviste alors capitale de la Principauté, à Curte de Arges, autre ville princière, ou encore à Bucarest, comme l’affirment certaines sources anciennes. Mais, depuis 1990, le mythe de Dracula lancé par Bram Stoker étant parvenu en Roumanie où il est commercialement exploité, une légende popularisée par l’historien roumano-américain Radu Florescu situe, sans preuve, sa naissance à Sighisoara, ville de Transylvanie où son père exilé est censé avoir séjourné et où l’on montre depuis lors sa « maison natale ».

En 1442, Vlad Tepes est envoyé comme otage auprès du sultan Mourad II, avec son jeune frère Radu III le Beau. Le jeune Vlad est retenu à Andrinople (alors capitale de l’Empire Ottoman, qui n’avait pas encore pris Constantinople) jusqu’en 1448, et son frère Radu jusqu’en 1462. Cette période de captivité chez les Turcs a joué un rôle important dans la montée au pouvoir de Vlad. Probablement s’est-il fait durant cette période des relations utiles à son ambition, et à son désir de revanche contre les Danesti. En sa qualité d’otage princier, il avait certains privilèges tel que celui de pouvoir étudier, correspondre, disposer de pages et de serviteurs.

En 1448, profitant de l’absence de Vladislav, éloigné de Targoviste par les combats de la seconde bataille de Kosovo contre les Turcs, Vlad III Tepes rentre d’Andrinople avec une troupe de cavalerie turque et un contingent de troupes prêtées par le pacha Mustafa Hassan pour s’emparer du trône. Mais Vladislav le chasse dès son retour, deux mois plus tard, et Vlad doit s’exiler en Moldavie où règne Bogdan II Musat. Là, il se lie d’amitié avec le futur Etienne III de Moldavie. La chute de Constantinople aux mains des Turcs en 1453 change la donne : les chrétiens doivent faire feu de tout bois et Jean Hunyadi, qui part défendre Belgrade contre les assauts ottomans, confie à Vlad Tepes une armée pour défendre la Valachie et la Transylvanie. Mais Vlad en profite, avec l’aide de boyards valaques, pour reprendre le trône de Valachie : il écrase et tue Vladislav II au combat en août 1456. Il règne ensuite pendant six ans, consolidant son pouvoir en centralisant l’autorité, de la même façon que Matthias Corvin en Hongrie ou Louis XI en France. Il achète ou bien élimine tous les boyards qui tentaient de le déstabiliser.

Début 1462, Vlad se sent plus fort, et la participation qui lui promet Matthias Corvin en personne à une expédition contre les Turcs l’enhardit jusqu’à briser son alliance avec les Ottomans. Il lance alors une campagne contre ces derniers sur le Danube, tuant plus de 30.000 hommes. Vlad perd alors l’allégeance de son frère Radu cel Frumos (Radu le Beau) et provoque la colère du sultan Mehmed II, fils de Mourad, lorsqu’il refuse d’accéder à la demande des émissaires ottomans, le turc Hamza Bey et le phanariote Thomas Katavolinos, de payer le tribut à l’Empire ottoman, sous peine d’être envahi et de voir la Valachie transformée en province turque.

Toujours est-il que c’est Radu cel Frumos, frère de Vlad et candidat des Turcs pour le trône de Valachie, qui, à la tête de la puissante armée turque et d’une partie de « l’oastea domneasca » qu’il convainc de rejoindre son camp, poursuit son frère jusqu’à la forteresse de Poenari. Vlad se retira à Targoviste non sans se livrer à des actions de guérilla contre les Turcs, dont la plus célèbre est l’attaque de nuit à Targoviste du 17 juin 1462. D’après la légende, la femme de Vlad, qui voulut s’échapper, trouva la mort en tombant du haut de la falaise au pied de la forteresse de Poenari. Vlad, lui, réussit à s’échapper du siège de Poenari en passant à travers la montagne et, selon la légende, en ferrant ses chevaux dans le mauvais sens pour s’échapper de nuit : ses ennemis, le lendemain, voyant des traces de sabots allant vers la forteresse, en déduisent que des cavaliers ont pénétré dans Poenari alors que Vlad en était sorti. Il est très difficile de démêler le mythe de la réalité dans cette historiographie déjà romancée du vivant de Vlad. Radu le Beau monte sur le trône de Valachie le 15 août 1462.

En 1476, Vlad est à nouveau élu prince de Valachie, mais il ne jouit que peu de temps de son troisième règne car il est assassiné à la fin du mois de décembre 1476 à Bucarest, dans des circonstances aussi nébuleuses que sa naissance. Vlad Tepes est décapité et sa tête envoyée au sultan qui l’expose sur un pieu comme preuve de sa mort. Ainsi naît, en quelque sorte, l’histoire et la légende de Vlad Tepes.

La sépulture de Vlad l’Empaleur

La réalité des faits est loin de la fiction du roman « Dracula » ou de nombreux films et spectacles y faisant référence, mettant tous en scène un cercueil dans une crypte gothique entourée de ténébreuses montagnes.

Le « tombeau » de Vlad Tepes est censé se situer au monastère de Snagov, sur une île située dans un lac à une vingtaine de kilomètres au nord de la capitale roumaine. Selon l’historien Constantin Rezachevici, son tombeau pourrait être en fait situé au monastère de Comana qu’il avait fondé au milieu du XVe siècle dans le Judet de Giurgiu au sud-ouest de Bucarest.

Des études récentes ont montré que le tombeau de Snagov ne contient que quelques ossements de chevaux sauvages fossiles, des tarpans datés du Néolithique. D’après le livre de Radu Florescu et Raymond McNally « A la recherche de Dracula », il y a deux autres tombes à Snagov : la première à l’entrée de la chapelle du monastère et la seconde au pied de l’autel. On s’accorde généralement à dire que c’est la seconde qui devrait contenir le corps décapité de Vlad.

En 1932, une mission archéologique roumaine ouvrit cette tombe et n’y trouva que des fragments d’ossements humains, mâchonnés par des bêtes. L’autre tombe, celle de l’entrée, fut également ouverte : elle contenait un squelette d’homme très friable, comprenant l’arrière de son crâne mais pas son visage. Sa tête était recouverte d’un tissu de soie, et le tombe contenait une épée très oxydée, une médaille de l’Ordre du Dragon, une couronne, les restes d’une cape pourpre et une bague de femme, cousue à l’intérieur de ce qui fut autrefois la manche d’un vêtement (tradition d’amour courtois très répandue en Europe à la fin du Moyen-âge). Le Musée d’Histoire et d’Archéologie de Bucarest en fit un inventaire, mais actuellement seules les photos en témoignent, car entre-temps, le Musée et ses réserves ont déménagé plusieurs fois, subi des bombardements et des incendies, et la malle contenant les reste de Snagov reste à ce jour introuvable. De toute manière rien ne permet d’attribuer ces restes à Vlad, en dépit des affirmations issues de la « Draculomanie » sévissant en Roumanie.

Le monastère de Snagov est orthodoxe, or Vlad avait abjuré sa foi orthodoxe et s’était converti au catholicisme pour pouvoir bénéficier du soutien de Mathias Corvin afin de remonter sur le trône. Il était donc considéré comme un « hérétique » par les moines orthodoxes, qui n’aurait pas mis son corps en terre dans cette tombe. Un « hérétique », mais baptisé orthodoxe et de sang princier : on aurait pu lui accorder de reposer dans la chapelle, mais à l’entrée, les fidèles et les moines marchant alors sur sa tombe chaque jour en signe de contrition pour lui.

Avec l’avènement de la génétique, on s’intéressa de nouveau au corps trouvé à l’entrée de la chapelle en 1932 pour tenter de l’authentifier en comparant son ADN à celui des descendants de Vlad III encore en vie. Mais le nombre de candidats à ce titre fut si élevé que je projet fut abandonné.

La légende de Dracula et la quête de l’immortalité

A travers les diverses croyances religieuses qu’il s’est créées, l’homme a tenté au cours des âges d’exorciser sa peur de la grande faucheuse d’âmes qu’est la mort. Il a été hanté par le rêve d’immortalité qu’il a tenté d’atteindre tant par la Quête du Graal que celle de la Pierre Philosophale. Le travail est long, la route périlleuse. Volonté, patience et vertus semblent être les clés menant à cette éternité tant convoitée. Quelle est la part de concret dans cette recherche ?

Existe-t-il des techniques pour prolonger la vie ? La science a ses limites et malgré les progrès indéniables de la médecine, quelques humains seulement sont devenus centenaires. L’éternité reste une étoile inaccessible et personne n’a encore découvert la mythique eau de Jouvence.

L’immortalité des vampires réels ou supposés a été prise au sérieux par divers écrivains et chercheurs.

Des écrivains comme Bram Stocker mais aussi l’inspiration puise ses sources dans le roman gothique du XIXe siècle, dès 1819 en Angleterre, tels : John William Polidori (The Vampire inspiré d’une idée originale de Lord Byron), Sheridan Le Fanu (Carmilla), mais aussi en Allemagne, Karl Von Wachsmann (L’Etranger des Carpathes en 1844, avec tous les éléments réunis pour créer une ambiance d’épouvante : château en Transylvanie, forêts sombres, personnage maudit, voyageurs effrayés…) et, en France, Charles Nodier (Histoires de vampire), Théophile Gautier (La Morte amoureuse), Paul Féval (qui fait de la goule la femelle du vampire dans « La Vampire » de 1856) et surtout, cinq ans avant Dracula, Jules Verne (Le Château des Carpathes), sans oublier le roman de Marie Nizet : Le Capitaine Vampire. De plus, Bram Stoker a commencé ses recherches pour son roman en pleine horreur médiatique suscitée par le « serial killer » Jack l’Eventreur, qui sévit à Londres en 1888.

Des chercheurs comme Serge Hutin, Roland Villeneuve, Tony Faivre, Maurice Magre, Robert Amadou, Robert Ambelain et René Alleau. Leur explication du phénomène procédait de thaumaturgies (miracles) alchimiques perdues à travers les siècles qui donnaient aux adeptes le moyen de vaincre la mort. Comme le fameux Comte de Saint-Germain, réputé immortel selon la légende, un personnage hors du commun, dont son histoire symbolise le rêve de l’immortalité. Cette quête d’éternité a envahi l’ensemble des enseignements initiatiques. Elle a dépassé la simple ambition nourrie par tout homme d’acquérir des réponses face à l’énigme de la mort.

Dans une civilisation occidentale où les références de base sont d’ordre purement matériel et rationnel, il est impossible d’apporter des preuves tangibles dans les domaines touchant à la magie, aux traditions et aux légendes.

Nous connaissons le cycle biologique et naturel de la vie : naissance, croissance, déclin et mort. Pour certains chercheurs, le vampirisme est une expression liée à l’angoisse de la mort, et un désir de survivance.

Serge Hutin disait : « Quelle que puisse être la vérité de fait de tous ces récits fantasmagoriques, ils sont forts intéressants pour le psychologue qui se penche sur la pérennité des rêves, des désirs et des aspirations des hommes. Même s’il s’agit là, en somme de mythes et de légendes au second degré, constituant une forme détaillée, systématisée, dramatisée, concrétisée des thèmes centraux tournant autour de l’immortalité, il ne faut pas négliger l’enseignement que l’on peut en tirer ».

Jean-Jacques Rousseau quant à lui n’hésita pas, à contre-courant des opinions, à écrire une lettre à l’Archevêque de Paris dans laquelle il affirmait haut et fort : « S’il y a dans le monde une histoire attestée, c’est bien celle des vampires ! »

Au cours des âges, des peuples et de sociétés occultes ont sacrifié des êtres humains dans le but d’entrer dans les bonnes grâces d’une divinité sanguinaire susceptible de leur offrir l’éternelle jeunesse. Au cours de cérémonies magiques, des âmes choisies pour leur innocence furent immolées parce que les vertus de leur sang les prédisposaient au sacrifice. Tout le monde a gardé en mémoire les holocaustes sanglants auxquels se livraient les peuples d’Amérique du Sud découverts par les Conquistadores. Ces populations qualifiées de sauvages cherchaient à s’accorder les bonnes grâces de leurs dieux ou à acquérir certains pouvoirs.

L’histoire de France a dans ses annales un célèbre Barbe Bleu, le maréchal de France Gilles de Rais, compagnon de Jeanne d’Arc, qui sans doute atteint par la démence, prit plaisir à égorger des centaines d’enfants dans les chambres de ses châteaux. Celui que certains ont appelé « L’Alchimiste du Diable » chercha à s’octroyer les faveurs du malin en vue d’accroître ses richesses.

Bien que les origines du vampirisme soient très anciennes, le mort-vivant assoiffé de sang tel que nous le connaissons est une création récente. A partir de la Renaissance, le bruit se répandit en Allemagne, en Autriche et en Europe de l’Est, que des morts se relevaient de leurs tombeaux pour attaquer les vivants et s’abreuver de leur sang. Dans des tombes suspectes, on découvrit des cadavres non décomposés. Certains paraissaient avoir dévoré une partie de leur linceul, parfois une de leurs mains. Leurs veines étaient remplies d’un sang liquide. Il n’en fallait pas plus pour réveiller les vieilles peurs endormies.

Dracula puise également ses racines dans le Roman Gothique

Le roman gothique est un genre littéraire anglais, né en 1764, et s’inscrit dans la logique d’un engouement pour le sentimental et le macabre qui se fait jour dans l’Europe du XVIIIe siècle avec des auteurs comme l’abbé Prévost dont « L’Histoire de Monsieur Cleveland, fils naturel de Cromwell » (1731-1739) paraît d’abord dans une traduction anglaise à Londres.

La naissance du roman gothique est également associée à la redécouverte de l’architecture gothique dans l’Angleterre de la deuxième moitié du XVIIIe siècle et plus généralement à l’engouement pour le passé. Horace Walpole, noble et homme politique anglais qui fut l’ami intime de Madame de Tencin, se fait ainsi construire un château de style médiéval sur la colline de Strawberry Hill. Le premier, Walpole va réunir les ingrédients du roman gothique historique dans « Le Château d’Otrante » paru en 1764 : action située dans le passé mythique des croisades, décor médiéval, présence du surnaturel, personnages contemporains victime des mystères du passé.

En France, des auteurs comme François Guillaume Ducray-Duminil, Charles-Antoine-Guillaume Pigault-Lebrun, Madame de Genlis ou François-Thomas-Marie de Baculard d’Arnaud exploitent dans leurs œuvres ce goût pour le macabre. Baculard d’Arnaud produit une version dramatique des « Mémoires du comte de Comminge » (1735) de Madame de Tencin avec pour décor une crypte « où sont les tombeaux des religieux de la Trappe, avec des crucifix, des têtes de morts » inspirés des décors macabres cher aux Graveyard Poets (poètes des cimetières) anglais tels que Edward Young dont il admirait beaucoup les Nuits.

En Allemagne, les romantiques, notamment les poètes comme Frédéric Schiller, se sont également tournés vers le Moyen-âge, mais ce sont des auteurs de moindre importance comme Joseph Alois Gleich (1772-1841) ou Christian Heinrich Spiess qui lancent le genre du roman de l’effroi.

Cependant, c’est en Angleterre que le roman gothique trouve son terrain de prédilection. Les femmes s’y distinguent comme Clara Reeve, influencée par la lecture du Château d’Otrante, d’Horace Walpole, publie en 1777 Le Champion de la Vertu ou le Vieux Baron Anglais ; à son tour, Charlotte Smith (1749-1806) publie une série de romans très populaires à la fin du XVIIIe siècle : Emmeline ou l’Orpheline du château en 1788, Ethelinde ou la Recluse du lac en 1789 et Célestine ou la Victime des préjugés en 1791, accentuant le thème de la persécution féminine déjà présent chez Richardson. Elle précède Ann Radcliffe dont les Mystères d’Udolpho (1794) connaissent un succès européen et passent à la postérité comme un monument du genre gothique.

Les caractéristiques du roman gothique

Le roman anglais gothique se caractérise par la présence d’un certain nombre d’éléments de décor, de personnages mais aussi de situations stéréotypées et de procédés narratifs (récit dans le récit).

Le décor :

L’engouement pour l’histoire et le passé, caractéristique du romantisme, entraîne le retour à des décors populaires du théâtre élisabéthain tels que le château hanté (Macbeth, Hamlet), la crypte (Roméo et Juliette), la prison médiévale (Richard III ou Edward II de Christopher Marlowe), le cimetière (Hamlet). Les décors naturels sont ceux des contes de bonne femme, paysages nocturnes (Macbeth), sabbats de sorcières (Macbeth), orages déchaînés sur la lande (Le Roi Lear), tempêtes en mer (La Tempête, Un conte d’hiver).

Une autre caractéristique du roman gothique est la recherche de l’exotisme : l’Italie pour Le Château d’Otrante, l’Orient pour Vathek, l’Espagne pour le Manuscrit et Le Moine.

Les personnages :

Le religieux (l’Inquisition), la femme persécutée, la femme fatale, le démon, la belle, la bête, l’ange, l’ange déchu, le maudit, le vampire, le bandit.

Les situations :

Le pacte infernal, l’incarcération et la torture, le suicide, le vampirisme, les secrets du passé venant hanter le présent.

Les lieux :

Le château, les ténèbres, le cimetière, une ruine, une église, la nature, un endroit abandonné, une maison détruite, hantée…

Nosferatu ou le Comte Orlock

Le Comte Orlock est un personnage de fiction créé par Friedrich Wilhelm Murnau et Henrik Galeen en 1922 pour le film « Nosferatu le vampire » avec Max Shreck qui incarne le comte vampire. Il s’agit en fait du comte Dracula créé par Bram Stocker, dans le remake de Werner Herzog, « Nosferatu, fantôme de la nuit », le personnage du vampire interprété par Klaus Kinski reprend le nom du comte Dracula.

Le comte Orlock possède certaines similitudes mais aussi de nombreuses différentes avec le Dracula de Bram Stoker. Dracula est dans le roman, un vieillard qui rajeunit au fur et à mesure de l’histoire. Bram Stoker le décrit de la sorte : « Son nez aquilin lui donnait véritablement un profil d’aigle : le front haut, bombé, les cheveux rares aux tempes mais abondants sur le reste de la tête ; des sourcils broussailleux se rejoignant presque au-dessus du nez, et leurs poils, tant ils étaient long et touffus donnaient l’impression de boucler. La bouche du moins ce que j’en voyais sous l’énorme moustache, avait une expression cruelle, et les dents, éclatantes de blancheur, étaient particulièrement pointues ; elles avançaient au-dessus des lèvres dont le rouge vif annonçait une vitalité extraordinaire chez un homme de cet âge. Mais les oreilles étaient pâles, et vers le haut se terminaient en pointe ; le menton, large, annonçait, lui aussi, de la force, et les joues, quoique creuses, étaient fermes. Une pâleur étonnante… ».

Orlock possède comme le Dracula du roman, un nez aquilin, un front haut, des sourcils broussailleux et des oreilles pointues. Ses particularités physiques sont d’ailleurs accentuées par le maquillage. Il n’a en revanche pas de cheveux ni de moustache et des incisives pointues à la place des canines. Le comte Orlock est pâle, rigide, le crâne chauve et déformé, tel un cadavre aux mains décharnées et au regard obnubilé, cerclé par un contour de suie.

Il craint la lumière du jour, susceptible de le terrasser. Cette particularité qui n’est pas présente dans le roman (puisque Dracula se promène en plein jour dans les rues de Londres) deviendra récurrente dans les films et les œuvres sur Dracula, et sur les vampires en général. Elle deviendra même une caractéristique du personnage fictif du vampire.

Le vampire de Murnau est très différent du personnage de Dracula tel qu’il sera représenté dans les futures adaptations filmées, notamment le Dracula de 1931, incarné par Bela Lugosi. Dans cette adaptation, le comte Dracula devient un homme élégant, un être au charme mystérieux et raffiné ; il porte une cape noire, un habit de soirée et ses cheveux sont plaqués sur la tête. Cette incarnation va faire référence pour le cinéma et l’imagerie populaire. Tous les futurs interprètes du personnage, Christopher Lee ou Frank Langella s’inspireront du personnage joué par Bela Lugosi.

Dracula personnage de roman et de cinéma

Dracula est, avant tout, un roman épistolaire de l’écrivain anglais Bram Stoker publié en 1897. Il raconte l’histoire du comte Dracula, un vampire immortel qui se repaît du sang de ses victimes et peut les transformer à leur tour en créature démoniaque. La complexité du personnage de Dracula renouvelée par des thèmes modernes chers à la psychanalyse comme l’association d’Eros et de Thanatos – le sexe, la mort et le désir de la vie éternelle – ou le questionnement des limites (entre la bête et l’homme, entre la vie et la mort ou entre le bien et le mal) en feront un mythe moderne que le cinéma contribuera à amplifier par le biais de multiples adaptations.

Dracula personnage du roman de Bram Stoker

Dracula n’est pas le premier roman fantastique à exploiter le thème du vampire. Il marque pourtant une étape cruciale dans la littérature fantastique, et en particulier celle abordant le thème des vampires, le succès du livre et la popularité du personnage l’attestent encore aujourd’hui. Plus que le sens du récit et la maîtrise du suspense de Bram Stoker, c’est la personnalité de son personnage principal qui fonde le mythe. Le comte Dracula, au-delà de la créature d’épouvante aux pouvoirs surnaturels, est avant tout un être humain damné, un non-mort, et c’est cette dimension complexe qui assure son charme.

En effet, Dracula est un monstre mais est aussi un réprouvé, un rejeté de Dieu, une personne à craindre mais aussi à plaindre. Mina Harker exhorte ses compagnons à éprouver à son endroit non de la haine mais de la pitié, ce qui n’exclut évidemment pas de la détermination pour s’en débarrasser.

« Mais ce n’est pas une œuvre de haine. Le pauvre être qui a causé toute cette souffrance est le plus malheureux de tous. Songez quelle sera sa joie à lui aussi quand, son double malfaisant étant détruit, la meilleure part de lui-même survivra, son âme immortelle. Vous devez avoir pitié de lui aussi, sans que cela empêche vos mains de le faire disparaître de ce monde. » Bram Stoker, Dracula, chapitre 23.

Le récit se joue donc entre l’Angleterre et la Transylvanie au XIXe siècle, notamment dans un château retiré des Carpates. Se fondant sur des récits mythologiques, Bram Stoker crée le personnage du comte Dracula, un vampire aristocratique à la fois monstrueux et raffiné. La première partie du livre, qui se déroule dans le château du comte, est magistralement teintée d’une atmosphère étrange et sinistre.

Le récit est épistolaire et est composé de fragments des journaux intimes et lettres des protagonistes, ainsi que d’articles de journaux. Des passages ont été retranscrits alors que ce sont des passages enregistrés au phonographe. C’est donc un récit à la première personne mais qui épouse plusieurs points de vue, excepté celui du comte.

Dracula œuvre de fictions cinématographiques

Si certains films adaptent l’œuvre de Bram Stoker plus ou moins fidèlement ainsi que l’adaptation théâtrale d’Hamilton Dean, d’autres modifient l’intrigue et les caractéristiques des personnages, y compris leurs noms. Il existe environ 200 films dans lesquels Dracula tient le rôle principal, ce qui en fait une des figures cinématographiques les plus populaires. Les adaptations du roman sont :

Dracula

La première adaptation du livre de Bram Stoker, et le premier film traitant du thème du vampire, s’intitule « Drakula halàla » de Karoly Lajthav en 1921, avec Margit Lux et Paul Askonas. Deux années avant le film de Murnau, ce film hongrois, réalisé sans l’autorisation de la veuve de Bram Stoker, a été tout d’abord considéré comme étant la première adaptation cinématographique du roman. Des découvertes plus récentes semblent indiquer que ce n’est pas le cas. Ce film est aujourd’hui considéré comme perdu.

Nosferatu de Murnau

« Nosferatu le vampire » réalisé par Friedrich Murnau en 1922 est la deuxième adaptation du roman de Stoker. Ce premier Nosferatu a fait l’objet d’un remake spécifique : Nosferatu, fantôme de la nuit » de Werner Herzog en 1979 avec Klaus Kinski, Isabelle Adjani et Bruno Ganz.

Dracula de Tod Browning

Dracula est un film de 1931 réalisé par Tod Browning, avec Bela Lugosi qui joue le rôle de Dracula. Le scénario du film de Browning n’est pas une adaptation directe du roman de Stoker, mais de la pièce d’Hamilton, dans laquelle Lugosi (Dracula) et Edward Van Sloan (Van Helsing) jouaient déjà. Gregory A. Waller souligne cependant que dans l’adaptation cinématographique ont été ajoutées des scènes de Stoker qui avaient été omises par Deane pour des raisons pratiques essentiellement, le voyage en mer, par exemple.

Le cauchemar de Dracula

En 1958, Terence Fisher réalise « Le Cauchemar de Dracula » avec Christopher Lee l’un des acteurs les plus représentatifs du rôle de Dracula. Le film présente une version plus gothique de l’œuvre. Hammer Films produisit ensuite une dizaine de films autour du personnage de Dracula, tous interprétés par Christopher Lee.

Dracula et ses femmes vampires

« Dracula et ses femmes vampires » réalisé en 1973 par Dan Curtis avec Jack Palance et Simon Ward. C’est cette adaptation qui mettra pour la première fois en avant l’idée du vampire confronté à la réincarnation de son amour perdu, qui sera exploité plus tard dans l’œuvre de Francis Ford Coppola.

Dracula de John Badham

Dracula réalisé en 1979 par John Badham avec Frank Langella et Laurence Olivier. Cette version prend comme point de départ le voyage de Dracula vers les côtes anglaises à bord du Demeter, épisode qui se situe initialement au centre de l’intrigue. Alors qu’elle se promène sur la plage, Mina, qui est ici la fille de Van Helsing, découvre le corps inconscient du comte, unique survivant du naufrage du bateau. Dracula sera ensuite introduit auprès des personnes de son entourage : Le Dr Seward, ami de son père, Lucy Seward et son fiancé, Jonathan Harker. Mina, puis Lucy, succomberont rapidement aux charmes du comte. Le Dracula qui est ici mis en scène est très sensuel et distingué ; il fait par ailleurs preuve d’une certaine humanité puisqu’il lui est possible de tomber amoureux. L’action est déplacée dans les années 1910, ce qui accentue encore le décalage entre une Angleterre résolument moderne et les valeurs passéistes que porte le comte.

Dracula de Francis Ford Coppola

En 1992, sort le film de Francis Ford Coppola, sur un scénario de James V. Hart : Dracula (Bram Stoker’s Dracula) avec dans le rôle de Dracula Gary Oldman, accompagné de Winona Ryder, Keanu Reeves et Anthony Hopkins. Ce film, qui est sans doute celui qui suit le plus près l’œuvre de Stoker, prend toutefois, de nombreuses libertés avec le roman initial.

Dracula Untold

Dracula Untold, réalisé en 2014 par Gary Shore avec dans le rôle principal Luke Evans retrace l’histoire du prince Vlad III et de son épouse Mirena, juste avant qu’il ne devienne Vampire. Le scénario de Matt Sazama et Burk Sharpless souligne la dualité entre le bien et le mal, un héros qui devient démon pour sauver les siens.



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