Le mystère Qumran – Les Manuscrits de la Mer Morte

C’est ainsi que débute la plus importante et incroyable aventure archéologique du XXe siècle.Entre 1947 et 1956, bédouins et archéologues se livrent à une véritable compétition et découvrent onze grottes, de nombreux rouleaux des livres de la Bible dont certains intacts et des milliers de fragments vieux de plus de 2000 ans. On découvre aussi des documents anciens témoignant de l’existence d’une secte inconnue, contemporaine des manuscrits.

Les scientifiques tentent encore de répondre aux questions que soulève cette incroyable découverte. Qui étaient les habitants de Qumrân? Les manuscrits leur appartenaient-ils? Pourquoi l’accès aux manuscrits découverts à Qumrân fut-il limité? Le grand public aussi s’enflamma pour le sujet : pourquoi mit-on autant de temps à divulguer le contenu des rouleaux? Les manuscrits dévoilent-ils des épisodes inconnus de la vie de Jean le Baptiste ou de Jésus? La vidéo ci-dessus, fait le point.

La vie à Qumran dans l’antiquité

Grâce aux écrits de Yizhar Hirschfeld. Qumrân est resitué dans le contexte stratégique et économique de l’antiquité. À la croisée des routes menant de Jérusalem ou de Jéricho à Engaddi, vers le sud sur les bords de la mer Morte.

Sous les Hasmonéens, c’était une place fortifiée dont il reste la tour ; sous Hérode, le centre d’un domaine agricole appartenant à de riches et pieux citadins. Il y avait une annexe proche, l’oasis de Aïn Feshkha.

À cette époque, les environs de la mer Morte étaient fertiles. On cultivait le palmier-datier pour les fruits et le bois, le baumier pour les produits de luxe. La mer Morte était exploitée pour ses ressources de goudrons et de sel.

Qumrân n’avait rien d’une communauté retirée d’ascètes ou de moines.

On y trouve des infrastructures et des équipements de type industriel destinés au stockage et au traitement des produits récoltés : magasins, fours, bassins de trempage des denrées et des objets (et non de purification rituelle des personnes). D’où les liens avec l’économie régionale.

Les jarres circulaires dans lesquelles étaient placés des manuscrits furent retrouvées dans le site. Leur finalité première était la conservation des denrées alimentaires. On les utilisa pour abriter des rouleaux dans un second temps seulement, d’une façon opportuniste (contre les démonstrations de Jodi Magness et d’autres, fervents tenants d’exclusives « jarres à manuscrits »).

Quant aux rouleaux, ils auraient été apportés de Jérusalem ou de Jéricho dans le but d’être mis en lieu sûr avant l’arrivée des troupes romaines en 68.

Pour cette thèse dont Y. Hirschfeld est le chantre, qu’en est-il des Esséniens, si bien attestés par les auteurs antiques?

Il ne pouvait y en avoir à Qumrân. Pline est le seul qui atteste leur implantation aux abords de la mer Morte. Josèphe les mentionne à Jérusalem dans un quartier réservé.

Ils vivent au-dessus d’Engaddi comme l’affirme Pline, suffisamment à distance des eaux malsaines pour en éviter les nuisances. Or, à proximité de cette oasis, prospère en ces temps comme toute la bordure de la mer Morte, les archéologues ont retrouvé quelque vingt-huit cellules individuelles, chacune dotée d’une entrée séparée. Ce seraient les cellules des Esséniens connus de Pline ou de ses informateurs.

En allant d’Engaddi vers le nord, en suivant le littoral à distance de la mer, on peut identifier seize autres sites de la période romaine, avec eux-mêmes des groupes de cellules. À raison de six en moyenne par lieu, ces dernières ressemblent fort à celles des environs d’Engaddi.

Ces moines esséniens auraient assuré leur subsistance en travaillant dans les domaines agricoles voisins. Ils étaient totalement étrangers à l’établissement de Qumrân, trop bien construit et équipé pour leur genre de vie. Ce sont de vrais ascètes dont les auteurs antiques décrivent à leur façon, les mœurs rigoureuses.

Ils n’ont rien à voir non plus avec les manuscrits retrouvés plus au nord, dans les grottes des environs plus ou moins proches du site de Qumrân.

Le Messie de Qumrân, chaînon manquant entre le judaïsme et le christianisme

En appuyant sa thèse sur les manuscrits de la mer Morte, un chercheur démontre que Jésus a eu un prédécesseur dont l’existence lui aurait révélé sa propre messianité.

La plupart des exégètes conviennent aujourd’hui que Jésus ne s’est jamais déclaré directement Messie, ni Fils de Dieu, laissant délibérément ouverte la question de son identité. Ces titres lui auraient été attribués après sa mort par ses disciples. Dans cette optique, Jésus ne se serait pas perçu lui-même comme le Christ rédempteur de l’humanité, et n’aurait pu prévoir son rejet, sa mort et sa résurrection.

Selon les tenants de cette position, une telle conception messianique était inconnue du judaïsme, qui privilégiait la figure d’un Messie politique libérant Israël de son oppresseur romain. Voici qu’un érudit juif vient remettre cette thèse en question.

Israël Knohl, directeur du Département biblique à l’Université hébraïque de Jérusalem, affirme dans un livre qui vient de paraître que «Jésus s’est réellement perçu comme le Messie et qu’il s’attendait vraiment, en tant que Messie, à être rejeté, tué et à ressusciter après trois jours».

Aux yeux de l’auteur, un leader de la secte des Esséniens aurait précédé de peu le Nazaréen dans ce rôle, rendant ainsi possible l’émergence d’un messianisme «catastrophique» pour lequel l’humiliation, le rejet et la mort du Messie étaient inséparables du processus de rédemption.

Selon Israël Knohl, ce premier Messie a un nom, Menahem, et il serait «le chaînon manquant qui nous permet de comprendre la manière dont le christianisme est issu du judaïsme».

Israël Knohl appuie sa thèse sur les fameux manuscrits de la mer Morte, découverts en 1947 sur le site de Khirbet Qumrân.

Impliqué dans la publication de plusieurs fragments de ces manuscrits, il s’est penché attentivement sur le Rouleau des hymnes d’action de grâces, qui contient un hymne d’un type particulier. Connu sous le nom d’Hymne d’Auto-Glorification, il est écrit à la première personne. Le rédacteur se perçoit comme possesseur d’attributs divins et se voit dans l’image du serviteur souffrant tel que le décrit le prophète Isaïe (Is 53).

Or, affirme Israël Knohl, «la combinaison d’attributs divins et de souffrance que nous trouvons dans cet hymne est inconnue dans la littérature hébraïque. En conséquence, il est difficile de croire que quelqu’un a pu créer un personnage messianique imaginaire aussi inhabituel. La spécificité de cet hymne nous conduit à penser qu’il est l’expression originale d’un personnage historique qui agissait au sein de la communauté de Qumrân».

Pour l’auteur, seul un leader de la communauté qui se percevait comme le Messie et était perçu comme tel a pu écrire un tel texte. Un autre hymne découvert à Qumrân évoque d’ailleurs ce Messie, régnant non pas dans le futur mais dans le présent.

Aux yeux d’Israël Knohl, il est donc évident que «la description de Jésus comme une association du «fils de l’homme» et du «serviteur souffrant» n’est pas une invention ultérieure de l’Eglise. Peut-être le Jésus historique s’est-il lui-même considéré de cette façon puisqu’une combinaison de ce type s’était déjà réalisée chez son prédécesseur, le Messie de Qumrân».

En effet, le messianisme de Jésus ne peut être inféré des traditions de la Galilée, où le Nazaréen a grandi et vécu la plus grande partie de sa vie. Seule une rencontre avec ceux qui défendaient l’héritage du Messie de Qumrân explique l’image messianique qu’avait Jésus de lui-même.

D’autres sources attestent-elles l’existence d’un tel Messie au Ier siècle avant Jésus-Christ?

Car les hymnes en question pourraient avoir été élaborés bien avant leur rédaction. Israël Knohl retrouve la trace de ce premier Messie dans l’Apocalypse. Ce texte fait mention au chapitre 11 de deux témoins messianiques, tués à Jérusalem par une Bête surgie de l’Abîme, et ressuscités trois jours et demi plus tard. L’auteur a vite fait d’identifier la Bête à l’empereur romain Auguste, qui régna de 44 av. J.-C. à l’an 14 de notre ère.

Selon le chercheur, la mort brutale des deux témoins se réfère à la révolte qui éclata en Terre sainte en 4 av J.-C., et qui fut brutalement écrasée par Quintilius Varus, représentant d’Auguste en Syrie. L’Apocalypse donne un élément historique qui permet de dater précisément l’événement: dans le chapitre qui parle des deux témoins, un verset nous apprend en effet que le parvis extérieur au Temple de Jérusalem a été donné aux païens. Or, les soldats romains ont effectivement pénétré dans la cour du Temple et pillé son trésor pendant la révolte.

«On peut donc avancer que l’un des deux Messies tués en 4 avant l’ère courante était le héros des hymnes messianiques de Qumrân», affirme Israël Knohl.

Enfin, le chercheur avance l’hypothèse de l’identité de ce premier Messie.

Selon l’historien Flavius Josèphe, le roi Hérode, qui était à la solde des Romains, comptait un Essénien parmi ses amis, du nom de Menahem. Celui-ci jouait en réalité un double jeu, puisqu’il nourrissait sans doute comme tous les Esséniens l’espoir de défaire les Romains au cours d’une guerre.

La Mishna, le plus ancien recueil de la littérature rabbinique, nous apprend que Menahem fut excommunié.

Le Talmud de Jérusalem précise qu’il était sorti de la bonne voie.

Pour Israël Knohl, l’explication de cette excommunication est à chercher dans les aspirations messianiques de Menahem, dont il aurait fait état publiquement.

L’Hymne d’Auto-Glorification indique en effet que l’auteur se voyait siégeant sur un «trône de puissance» au milieu d’une assemblée d’anges. Les Juifs considéraient une telle description comme une insulte à la gloire de Dieu.

Le chercheur imagine ensuite que Menahem aurait participé à la révolte juive qui suivit la mort d’Hérode en 4 av. J.-C., au cours de laquelle il aurait été tué.


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